« Les nouveaux réseaux sociaux, les médias et les jeunes.

Quel usage et quels effets ? »

 

Ces enregistrements ont été réalisés lors d’une soirée débat « Les nouveaux réseaux sociaux, les médias (facebook, MSN, Twitter) et les jeunes. Quel usage et quels effets ? » organisée au centre Pluraliste de Planning Familial de Jette le 22 septembre 2010.

 

Les intervenants :

  • Tanguy de Foy, psychologue, psychanalyste au Centre Chapelle-aux-Champs, département « adolescents et jeunes Adultes » (Passado.be, S’Acc’Ados)
  • Dr Jean-Pierre Jacques, psychanalyste et médecin, qui a fondé et dirigé pendant vingt ans un centre d’accompagnement thérapeutique pour toxicomanes à Bruxelles
  • Christophe Butstraen, enseignant pendant 17 ans, actuellement médiateur au Service de Médiation Scolaire de Wallonie

 

La modératrice du débat était Sandrine Liégeois, psychologue clinicienne

 

 

Introduction


L’accès généralisé à Internet et l’utilisation de Facebook par un nombre grandissant d’internautes sont une réalité de notre société.

Qu’en penser? Devons-nous craindre des dérives? Quelle est l’influence de l’utilisation de ces nouvelles techniques informatiques de la communication(TIC) sur nos relations sociales? Et sur nos comportements?

Les experts qui se sont exprimés au cours de cette soirée soulèvent plusieurs questions: l’interaction entre nouvelles techniques informatiques de communication (sphère publique) et intimité (sphère privée), les enjeux de Facebook, la place des nouvelles technologies de la communication dans l’enseignement, la signification sociétale de l’accès généralisé à Internet et les dangers d’Internet.

Vous trouverez ici des extraits des enregistrements effectués au cours de la soirée, un résumé de ces derniers ainsi qu’un bref approfondissement des questions évoquées.

Notre objectif n’est pas de traiter de façon exhaustive de l’impact d’Internet et des réseaux sociaux sur notre façon d’être mais bien de susciter un questionnement et aider à développer un regard critique sur la façon dont nous utilisons ces nouvelles technologies et outils de socialisation.

 

 

La pudeur et le Web 

   

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Interventions


Le premier intervenant explique que par le passé, il rencontrait ses amis dans la rue, qu’il n’en avait que quelques uns et que s’il souhaitait les contacter, il devait leur téléphoner avec le téléphone familial...ses parents n’avaient eux-mêmes que quelques amis.

Aujourd’hui, les jeunes ont des centaines de «contacts» Facebook, se mettent en scène sur Internet. Il évoque le cas d’une adolescente de 15 ans qui s’est filmée au cours d’un rapport avec deux garçons au sein de son établissement scolaire et a publié ce film sur sa page...elle ne se sentait pas mal à l’aise mais plutôt valorisée.

Se pose, à travers ces nouvelles technologies de la communication, la question de l’évolution des notions de pudeur et d’intimité.

 

Le second intervenant fait référence aux deux courants que l’on rencontre actuellement dans notre société:

  • le consensus pornographique (omniprésence de la pornographie, consommation d’images pornographiques dès le plus jeune âge, la pornographie comme référence...) avec l’effondrement de la pudeur qui en découle ;
  • l’évitement de l’autre: la rencontre de l’autre est pour un nombre croissant de jeunes de plus en plus difficile à envisager.

Ces deux courants vont de pair.

L’attitude qui découle de la conjonction de ces courants est soit le «sexuel pornographique», soit «l’abstinence romantique» avec rejet de la sexualité. Et entre ces deux attitudes, un profond abîme...

Chaque génération a rencontré des difficultés avec la sexualité et aucune ne s’en est sortie mieux qu’une autre.

 

 

Commentaires


Les réseaux sociaux sont des lieux d’échange publics ou semi-publics (si l’internaute a utilisé les applications de confidentialité en limitant ses échanges à sa liste de contacts ou à une partie de celle-ci).

Serge Tisseron parle d’« extimité » pour qualifier cette tendance actuelle à rendre publics des éléments considérés auparavant comme appartenant à la sphère privée.

Les notions d’intimité et de vie privée sont des notions aux contours indéfinis qui évoluent fortement au fil des mœurs attachées à une époque.

Ce recours à l’extimité va de pair avec un besoin de validation et de reconnaissance, en particulier chez les adolescents qui sont en quête d’identité.

Il existe certes des dérapages. Le cas de cette jeune fille en est un exemple concret .Ce qu’elle estime valorisant à 15 ans sera peut-être un problème pour elle dans quelques années.

Comme le souligne Pascal Minotte dans son ouvrage «Qui a peur du grand méchant Web?», l’accompagnement des jeunes usagers dans leur découverte des espaces numériques est indispensable. Les parents doivent autonomiser leurs enfants, les aider à construire du sens, fixer des limites et des balises également. Les parents doivent être perçus par leurs enfants comme des ressources dignes de confiance pour les aider le moment venu.

 

 

Les enjeux (cachés ?) de Facebook  

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Interventions


Aux Etats-Unis, les paroisses et universités organisent des formations à l’utilisation d’Internet et des réseaux sociaux à l’attention des parents. Ces formations sont présentées comme un moyen d’accompagner (de contrôler ?) les enfants dans leur utilisation du Net.

Mais qui fixe des limites à Facebook ? Tout le monde s’incline face à ce géant, en ce compris le législateur Belge qui pourrait parfaitement imposer à Facebook un siège social en Belgique mais n’agit pas.

La presse (« Le Monde ») et certains militants (exemple de François Chambon) dénoncent la « dictature obscurantiste » de Facebook .De puissants lobbies anti-avortement et anti-pornographie seraient en lien étroit avec Facebook et obtiendraient sur simple demande la suppression de profils dérangeants selon leurs convictions...

 

 

Commentaires


Facebook, premier réseau social au monde, se trouve logiquement au cœur de problématiques d’intelligence économique et stratégique. Il cristallise des enjeux de connaissance et d’information, de pouvoir et contre-pouvoir, de déstabilisation et désinformation, que l’on ne peut et ne doit ignorer.

Facebook révolutionne les relations humaines en les faisant passer du « 1 à 1 » au « 1 à x » en un simple clic. Ce nouveau champ des possibles a permis le développement de tout un système économique avec et autour de Facebook (ex : formes innovantes de publicité propres au Web). Les effets de ces bouleversements ne sont pas neutres : tension entre les acteurs majeurs d’internet aujourd’hui, concurrence impitoyable, cotation en bourse...

Facebook se retrouve également au centre des batailles que se livrent sociétés civiles, mouvements politiques et Etats (« cyber-guerres »). L’exemple récent du « Printemps Arabe » a marqué les esprits.

Les risques engendrés par Facebook sont nombreux. L’exploitation des failles de Facebook à des fins peu éthiques voire malveillantes (usurpation d’identité, rumeurs, dénigrements, manipulation politiques...) pose inévitablement la question de sa réglementation. Des tentatives d’encadrement légal se mettent en place au niveau international (Europe, réglementations internationales...) mais rien au niveau national...jusqu’à quand ?

Les individus, les entreprises, les Etats continueront-ils à faire confiance à Facebook et à engager leur responsabilité au travers de ce média ? Certains pensent que non. Certaines entreprises ont pris la décision de ne pas utiliser ce média, la croissance du nombre de profils dans les pays occidentaux ralentit et montre un début de perte de confiance...

 

 

Evolution des TIC et enseignement

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Interventions


Les adolescents sont placés dans une perspective à trop long terme (« tu dois bien étudier pour réussir, accéder à des études supérieures puis à un emploi, à la sécurité matérielle »...). Ces délais sont trop longs, les repères spatio-temporels trop éloignés...le système de récompenses-sanctions immédiates des jeux vidéos correspond bien au mode de fonctionnement des adolescents, les stimule davantage.

Les enfants sont intuitivement à l’aise avec les nouvelles technologies. Pourquoi ne pas les utiliser pour capter l’attention et motiver les jeunes en les utilisant comme méthodes d’apprentissage ? Cela correspondrait mieux à leur mode de fonctionnement actuel et serait peut-être un début de solution à la crise de l’école...

 

 

Commentaires


L’utilisation des nouvelles technologies de la communication par les établissements scolaires semble inévitable. Il n’est cependant pas rare, lors de certains débats publics, de voir des parents, des enseignants...scandalisés à l’idée de pratiquer internet à l’école, en invoquant tantôt l’effet nocif des ondes wifi, tantôt les éventuels effets addictifs...mais l’école peut-elle se permettre de rester en décalage avec le reste de la société ? C’est la question du « vivre sans » ou du « bien vivre avec » qui se pose. Ne vaut-il pas mieux « vivre avec » et si possible bien... ?

Au-delà de la présence de ces technologies au sein des écoles, se pose la question de l’éducation aux médias. Ne devrait-elle pas, dans une démarche préventive, être intégrée dans le programme scolaire tout au long de celle-ci ? L’école n’a-t-elle pas un rôle à jouer dans la préparation de nos enfants à la société dans laquelle ils vivent et vivront ? Cette société sera faite de ces nouvelles technologies...

Se pose également la question des tensions entre les responsabilités éducatives des écoles et des parents : faut-il confier aux écoles l’éducation aux médias sous un angle purement technique et critique ? Et laisser aux parents l’exclusivité de ce qui relève de l’affectif, du relationnel et des valeurs ?...Sans doute ce second aspect relève-t-il davantage d’une responsabilité éducative partagée, impliquant un soutien potentiel de l’école (par ex. proposition de lecture...) là où les parents se trouvent confrontés à certaines difficultés.

 

 

Accès généralisé au Web : une révolution qui bouscule les repères?

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Interventions


La généralisation du Web à l’ensemble des citoyens en 1993 est une date aussi importante que celle de l’invention de la roue ou de l’imprimerie. C’est un passage à une nouvelle ère.

On ne sait pas comment cela va évoluer. Vers une nouvelle dictature ? Va-t-on contrebalancer ce pouvoir ?

Une manière de contrer ce monopole serait d’opter pour des réseaux en « open source », gérés par une communauté d’internautes.

Nos enfants et petits-enfants vont nous créer un nouveau monde. Un adolescent qui vit ce changement doit trouver cela exaltant.

Les génies informatiques se trouvent aujourd’hui au sommet de l’échelle, ce sont eux qui modifient le monde. Le paradoxe est qu’ils sont en général très jeunes. Le monde tourne autour des adolescents qui disposent du savoir « médias ».

 

 

Commentaires


L’avènement d’internet et des réseaux sociaux a bousculé nos repères : nos relations passent du « 1 à 1 » au « 1 à X » en un simple clic.

Notre rapport à l’espace et au temps a considérablement évolué : nous pouvons constituer une liste de nos amis du « passé », du « présent » mais également du « futur » (liens ténus mais potentiellement « activables »). On peut se mettre rapidement en contact avec tous nos « amis » où qu’ils se trouvent dans le monde. On peut s’écrire, mais aussi se voir et se parler.

Les rapports hiérarchiques traditionnels sont également mis à plat. C’est la tendance à l’horizontalité qu’Internet introduit. Et lorsqu’une hiérarchie s’établit, elle se construit sans référence au statut social, à l’âge...

Cette modification des rapports se manifeste également à travers la détention du savoir « médias » par les plus jeunes. Internet révolutionne nos rapports au monde, nos rapports humains, et bouscule nos repères.

 

 

Dangers d’Internet : mauvaises rencontres

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Interventions


Certains adultes craignent que leurs adolescents fassent de mauvaises rencontres sur le Net.

Il existerait également un danger de désocialisation de certains jeunes (et moins jeunes) qui ne quittent plus leurs ordinateurs (le « no life »). L’intervenant a néanmoins le sentiment que Facebook implique d’avoir un minimum d’échanges avec la vie réelle.

Les jeunes maîtrisent ces nouvelles technologies, qui évoluent très rapidement. Les parents se sentent perdus, ce qui explique sans doute en partie leurs craintes. La fracture digitale entre parents et enfants est consommée.

 

 

Commentaires


Le risque de rencontrer un pervers sur internet existe mais est statistiquement faible. Les recherches montrent que les prédateurs sélectionnent leur victime dans leur entourage direct, pour des raisons évidentes de facilité. 90 % des abus sexuels sont le fait de membres de la famille ou de proches. L’inconnu rencontré sur le net est exceptionnellement dangereux...

Eduquer un enfant, c’est lui transmettre un minimum de confiance, en soi et en les autres. Les balises et repères qui lui permettront d’accorder sa confiance sans se mettre en péril doivent se discuter et se construire en famille. Le repli sur soi est une tendance que les discours alarmistes viennent renforcer. Il faut accompagner les rencontres des jeunes sur Internet, les sensibiliser à la question du vrai et du faux, au fait que tout ce qui se dit sur le Net ou ce qui est annoncé via Facebook n’est pas forcément la réalité. Apprendre à ne pas donner son adresse ou rencontrer quelqu’un sans en avertir ses parents...encadrer les rencontres sans les interdire. Cette attitude d’ouverture est en fait assez pragmatique : une interdiction risque d’engendrer des mensonges, des situations de rendez-vous cachés...et au final moins de « cadre »...

Le discours sécuritaire entourant Internet a également comme effet pervers de donner des cyber-prédateurs une représentation inexacte (cfr campagne de prévention montrant une maman qui ouvre la porte de sa maison, sourire aux lèvres, et indique aux visiteurs la direction de la chambre de son fils Arthur. On voit successivement passer des skinheads, des acteurs de films pornographiques...et un pédophile plus caricatural que nature –dégarni, visage dégoulinant de sueur, voix fluette, lunettes à triple foyer, un lapin blanc entre les mains- rentrer dans la maison et repartir avec la petite sœur d’Arthur. Ce spot se termine en concluant « ne laissez pas le danger entrer chez vous, protégez vos enfants, activez le contrôle parental sur Internet »).

Outre le caractère éthiquement critiquable de cette manière de sensibiliser les parents à l’utilisation du net par leurs enfants- les leviers de la culpabilité et de la peur sont clairement identifiables- les clichés qu’il véhicule sont dangereux.

Le profil type du cyber-prédateur n’est pas celui d’un vieux monsieur repoussant, mentant sur son âge et son identité. Il semble que les manipulateurs en question sont plus souvent de jeunes hommes ne mentant ni sur leur âge, ni sur leurs motivations, mais qui jouent sur la naïveté émotionnelle des adolescent(e)s en les séduisant et les amenant petit à petit à accepter l’idée d’avoir une relation sexuelle avec eux, qu’elle soit ou non virtuelle. La représentation inexacte du prédateur n’est pas anodine et entraîne une réponse éducative inadéquate.

Les craintes suscitées par les TIC concernent des problématiques auxquelles nous sommes confrontés depuis bien longtemps...

 

 

 

Bibliographie

 

Sources écrites

  • S.Tisseron, « L’intimité surexposée », Pluriel, Hachette Littératures, 2001.
  • M.Berhin, N.Couteaux, D.De mol, J.Gérard, A.Quintin, « Nouveaux médias et relations », Editions Feuilles Familiales.
  • P.Minotte, « Qui a peur du grand méchant web ? », Temps d’arrêt Lectures, Editions Fabert, yapaka.be,2012-06-22

 

Sources électroniques

 

 

 

 
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