Focus Portrait

Tous les 3 mois, découvrez le portrait d’un·e travailleur/euse d’un CPF (Centre de Planning Familial) affilié à la FCPFF.

[Portrait #1] – Septembre 2022 / Fanny LeclercqCoordinatrice du CPF de Berchem-St-Agathe

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis Fanny Leclercq. J’ai une formation d’assistante sociale. J’ai commencé à travailler dans le secteur public au sein du CPAS de Molenbeek puis dans une maison de repos où j’ai eu l’occasion de suivre une formation en gestion. Après 15 ans, j’ai eu envie de me tourner vers d’autres horizons. Le secteur des plannings semblait alors m’offrir un vrai cadre pour un épanouissement personnel et professionnel. En effet, il y avait l’aspect militant féministe ainsi que l’idée de venir en aide aux personnes, de se rendre utile. De plus, il y avait cette possibilité de combiner un travail de terrain avec les compétences de management que j’avais acquises précédemment. Ça me convenait particulièrement étant donné que je ne voulais surtout pas perdre les expériences et le bagage que j’avais. C’est vrai que j’ai toujours eu une fibre assez féministe et j’ai été inspirée par mes parents qui ont tous les deux mené une carrière dans le social. C’est comme ça que je suis arrivée au planning de Berchem-St-Agathe en novembre 2011 en tant que coordinatrice.

Parle-nous du CPF où tu travailles.

Nous sommes une toute petite équipe dans ce planning : huit travailleur·euses salarié·es et une médecin indépendante, presque tous·tes à temps partiel.

On a un gros volet EVRAS. Je pense qu’on est un des centres qui fait le plus d’animations EVRAS à Bruxelles. Pour l’équipe que nous sommes, on fait quand même pas mal d’heures. On est à près de 500 heures cette année. On couvre le nord-ouest de Bruxelles […] Berchem, Molenbeek, Koekelberg et bientôt Ganshoren (enseignement primaire, secondaire et spécialisé). On couvre également le salon EVRAS 1x/an avec O’yes.

On essaye d’incorporer le psychodrame dans les animations EVRAS avec les jeunes. La philosophie du psychodrame est d’inviter n’importe qui à jouer différents rôles dans une scène, racontée par lui ou non. Chaque participant·e peut ainsi augmenter sa capacité empathique et comprendre qu’il/elle est le/la narrateur/trice de sa propre histoire et qu’il/elle peut, dès lors, la modifier comme il/elle l’entend. C’est une technique (qui nous vient du Brésil) dont le centre essaie de s’inspirer pour de futurs projets avec les jeunes. Difficile d’en dire plus, c’est encore en construction. Pour les avantages par rapport aux animations classiques, on peut imaginer que l’implication des jeunes sera plus grande étant donné que jouer un rôle permet de prendre du recul par rapport à sa situation personnelle tout en en saisissant les ficelles et en libérant des comportements et des pensées qui étaient jusque-là consciemment ou non proscrits. En résumé, il s’agit de refaire des scènes de la vie pour les déconstruire dans une ambiance ludique.

En ce moment, on est dans une dynamique de développement de partenariats avec les associations de la commune, la commune elle-même, le CPAS, le centre culturel de Berchem et sa bibliothèque. Nous avons aussi des projets de soutien à la parentalité et notamment des groupes de parole qui se mettent en place.

On voudrait à l’avenir développer nos réseaux sociaux pour toucher davantage le public jeune car on se rend compte qu’on touche surtout les 25-45 ans.

Selon toi, faut-il être militant·e pour travailler en CPF ? Comment cela se traduit-il dans ton travail au quotidien ?

Personnellement je me définis comme féministe. Le féminisme pour moi, c’est la recherche d’un équilibre, ce que j’appelle le respect égalitaire, c’est-à-dire le fait de pouvoir bénéficier du même respect peu importe son genre. Cela s’incarne dans des actions concrètes comme ne pas laisser passer des discours sexistes, discriminatoires envers les femmes, ne pas laisser passer le manque de respect, la censure. Être attentive à ce que la femme ne soit pas réduite à moins que l’homme, accompagner les filles à prendre conscience, à s’affirmer et à prendre leur place…

Toutes ces valeurs du planning, cela passionne, cela motive. C’est tout de même plus sympa de faire un boulot qui nous passionne et qui nous motive que de faire un boulot où on ne s’y retrouve pas au niveau des valeurs. Les plannings sont nés de la militance, c’est clair que ces valeurs sont hypers présentes donc je pense que c’est important d’avoir cette fibre-là sinon tu risques de ne pas te sentir à ta place.

Quel est l’enjeu ou le combat le plus important des CPF aujourd’hui ? Toutes les questions qui traversent le secteur du planning familial sont liées à la société patriarcale. Que l’on parle de contraception masculine, de violences obstétricales, de consentement, etc., on en revient à se battre contre cette domination et à rétablir un équilibre entre femmes et hommes.

Le combat le plus important est donc de diffuser le féminisme et d’en finir avec la domination des hommes sur les femmes. À partir de là, beaucoup de problèmes disparaîtront.

Y a-t-il quelque chose que tu as accompli ou que ton centre ou ton équipe a accompli et qui te rend fière ?

On a déménagé en juin 2018 et cela s’est fait sans encombre. On avait peur d’avoir une baisse de visibilité auprès du public, mais cela n’a pas été le cas. Donc déjà ce déménagement, pour moi et pour l’équipe, ça a été une grande fierté ! Puis il y a eu la crise Covid et, je pense que ce n’est plus un secret pour grand monde, on a traversé une crise institutionnelle… Aujourd’hui, on est encore tou·te·s debout, plus solidaires que jamais, avec pleins de projets ! Fière d’avoir traversé la tempête accrochée au mât (rire). J’ai l’impression qu’aujourd’hui, on a la même envie : se concentrer sur les missions du centre et ce qu’on veut pour le public.

Y a-t-il un livre, un film, une personne, un événement, une ressource liée à ton travail qui t’a marquée et que tu voudrais partager ?

J’allais dire Naïm… et que c’est dommage qu’il nous quitte ! Plus sérieusement, j’ai pensé au mouvement Metoo. Enfin les femmes osent prendre la parole. Enfin les femmes osent nommer l’inacceptable et dire que « Non, ce n’est pas normal ! ». Enfin les femmes se rassemblent et unissent leur force pour se faire respecter.